Skip to main content

Anna Rita Kebbe

L'Explosion De Ma Vie

A satirical yet introspective debut novel about a young girl in love, caught between emotion, desire, and inner conflict.

Add to cart

Read a free chapter

Read a free chapter

C ’est comme cela que je me suis retrouvée dans une chambre d’hôpital. Vous savez les raisons, mais moi pas. Pour les curieux, veuillez lire la seconde partie de mon histoire ; pour les aventuriers, suivez avec moi ma perte de mémoire.
Je pensais au nombre d’horreurs qu’une chambre d’hôpital avait pu accueillir. Le nombre de corps estropiés, les litres de sang, les visages grimaçants de douleur…
Me voilà à imaginer l’historique d’une chambre, alors que le moindre souvenir de mon propre passé, même le plus immédiat, n’arrive pas à émerger dans ma cervelle qui résonne de douleur. Et ce bourdonnement dans mes oreilles…
L’état de la chambre était inquiétant. Des morceaux du plafond jonchaient encore le sol, seulement rattachés à quelques fils électriques. On aurait dit des mourants rattachés à la vie par des intraveineuses. Des éclats de verre, vestiges des vitres, s’amassaient aussi sur le sol. Une chose était sûre : soit l’équipe de maintenance de l’hôpital faisait grève, soit un sinistre avait eu lieu, et c’était la raison de ma présence dans cette petite chambre.
J’essayais de me rassurer : si j’arrivais au moins à reconnaître une chambre d’hôpital, c’est que mon cerveau avait encore quelques capacités. Elle avait probablement un numéro, cette chambre. Je voyais des papiers, jetés là-bas en désordre, sur la table de chevet, mais je n’arrivais pas à bouger le bras pour les saisir. Peut-être mon nom y était-il inscrit ? Ou un numéro, aussi. Patient 147, chambre 312. Ou l’inverse.
Cette idée de n’être qu’un numéro me glaça d’horreur. Si seulement je pouvais retrouver, dans mon esprit, la moindre trace de mon identité. L’envie me prit, déraisonnée, de laisser une marque pour sortir de cet anonymat. Avec un effort qui déclencha une onde de douleur dans mes bras, je saisis la couverture des deux mains et en déchirai un morceau. Une déchirure qui rappellerait que j’étais là. Moi, personne d’autre.

C ’est comme cela que je me suis retrouvée dans une chambre d’hôpital. Vous savez les raisons, mais moi pas. Pour les curieux, veuillez lire la seconde partie de mon histoire ; pour les aventuriers, suivez avec moi ma perte de mémoire.
Je pensais au nombre d’horreurs qu’une chambre d’hôpital avait pu accueillir. Le nombre de corps estropiés, les litres de sang, les visages grimaçants de douleur…
Me voilà à imaginer l’historique d’une chambre, alors que le moindre souvenir de mon propre passé, même le plus immédiat, n’arrive pas à émerger dans ma cervelle qui résonne de douleur. Et ce bourdonnement dans mes oreilles…
L’état de la chambre était inquiétant. Des morceaux du plafond jonchaient encore le sol, seulement rattachés à quelques fils électriques. On aurait dit des mourants rattachés à la vie par des intraveineuses. Des éclats de verre, vestiges des vitres, s’amassaient aussi sur le sol. Une chose était sûre : soit l’équipe de maintenance de l’hôpital faisait grève, soit un sinistre avait eu lieu, et c’était la raison de ma présence dans cette petite chambre.
J’essayais de me rassurer : si j’arrivais au moins à reconnaître une chambre d’hôpital, c’est que mon cerveau avait encore quelques capacités. Elle avait probablement un numéro, cette chambre. Je voyais des papiers, jetés là-bas en désordre, sur la table de chevet, mais je n’arrivais pas à bouger le bras pour les saisir. Peut-être mon nom y était-il inscrit ? Ou un numéro, aussi. Patient 147, chambre 312. Ou l’inverse.
Cette idée de n’être qu’un numéro me glaça d’horreur. Si seulement je pouvais retrouver, dans mon esprit, la moindre trace de mon identité. L’envie me prit, déraisonnée, de laisser une marque pour sortir de cet anonymat. Avec un effort qui déclencha une onde de douleur dans mes bras, je saisis la couverture des deux mains et en déchirai un morceau. Une déchirure qui rappellerait que j’étais là. Moi, personne d’autre.

On pouvait lire sur la broderie de mon oreiller mouillé de sang : Hôtel Dieu. Hôtel ? Dieu ? Je n’aurais pas imaginé Dieu vivre dans un hôtel. Je préférais le voir sur un trône suspendu avec autour de lui des anges qui le ventilent ; sauf s’il avait un clim. Bref, je sais maintenant que la maison de Dieu sent surtout les vapeurs des médicaments. Les murs blancs, oui, c’est cohérent avec l’idée qu’on se fait des goûts de Dieu pour la déco. Mais j’aurais plutôt vu des nuages ou des arbres, peut-être…
Et, soudain, ce bruit revenait brusquement : un bombardement. Mais je n’étais pas morte. La lourdeur oppressante de mon corps me le rappelait : j’étais plus que jamais sur Terre, clouée au lit et transpirante. Jamais je n’avais senti l’apesanteur de manière aussi palpable. Je me sentais si lourdement attirée vers le bas que j’en percerais presque le matelas, le sol et la croûte terrestre pour aller dire “Salut” au brave homme aux cornes rouges.

On pouvait lire sur la broderie de mon oreiller mouillé de sang : Hôtel Dieu. Hôtel ? Dieu ? Je n’aurais pas imaginé Dieu vivre dans un hôtel. Je préférais le voir sur un trône suspendu avec autour de lui des anges qui le ventilent ; sauf s’il avait un clim. Bref, je sais maintenant que la maison de Dieu sent surtout les vapeurs des médicaments. Les murs blancs, oui, c’est cohérent avec l’idée qu’on se fait des goûts de Dieu pour la déco. Mais j’aurais plutôt vu des nuages ou des arbres, peut-être…
Et, soudain, ce bruit revenait brusquement : un bombardement. Mais je n’étais pas morte. La lourdeur oppressante de mon corps me le rappelait : j’étais plus que jamais sur Terre, clouée au lit et transpirante. Jamais je n’avais senti l’apesanteur de manière aussi palpable. Je me sentais si lourdement attirée vers le bas que j’en percerais presque le matelas, le sol et la croûte terrestre pour aller dire “Salut” au brave homme aux cornes rouges.

Quand soudain j’entendis une voix humaine. Des cris plutôt. Beaucoup de cris : ‘Les criminels ! mon fils !’
Un homme en costume rouge (ce costume m’était familier) arriva brusquement dans la chambre portant un vieil homme imbibé de sang et le déposa délicatement, mais avec urgence, sur le fauteuil en face de moi. Ce dernier criait d’une voix pleine de chagrin et de rage :
– Les assassins ! Mon fils ! Ils me l’ont tué !
L’homme en rouge essaya de le calmer, lui essuya le sang de son visage et lui dit de rester allongé le temps que l’équipe médicale arrive.
J’essayais de lui parler malgré ma propre douleur. Je lui demandais s’il savait où nous étions ? Que s’était-il passé ? Il répondit très brièvement qu’une énorme explosion au port a blessé des milliers de victimes et qu’il devait se dépêcher d’aller secourir ceux qui pouvaient encore l’être.
Le vieil homme sur le fauteuil commença à pleurer. Je devais le consoler : il n’avait pas le luxe d’avoir perdu la mémoire :
– Vous saignez monsieur, s’il vous plait cela va vous faire du mal !
– Je veux mourir ! Je veux mourir ! Mon fils !
– Donc rassurez-moi, on n’est pas encore mort ? Ce n’est pas l’hôtel de Dieu ?
– Vous, vous gardez votre sens de l’humour en toutes situations !!
– Sincèrement, je ne me rappelle de rien. Je ne suis pas comique. J’ai juste peur.
Non, jeune fille, on est dans un hôpital qui s’appelle Hôtel Dieu de France.
– France ?
France ? Ça, non ! Ne me demandez pas mon nom, mais une chose est sûre, ce n’est ni Chloé ni Bernadette. Je ne suis pas Française. Je suis Libanaise. Ma nationalité, je me la rappelle très bien !

Quand soudain j’entendis une voix humaine. Des cris plutôt. Beaucoup de cris : ‘Les criminels ! mon fils !’
Un homme en costume rouge (ce costume m’était familier) arriva brusquement dans la chambre portant un vieil homme imbibé de sang et le déposa délicatement, mais avec urgence, sur le fauteuil en face de moi. Ce dernier criait d’une voix pleine de chagrin et de rage :
– Les assassins ! Mon fils ! Ils me l’ont tué !
L’homme en rouge essaya de le calmer, lui essuya le sang de son visage et lui dit de rester allongé le temps que l’équipe médicale arrive.
J’essayais de lui parler malgré ma propre douleur. Je lui demandais s’il savait où nous étions ? Que s’était-il passé ? Il répondit très brièvement qu’une énorme explosion au port a blessé des milliers de victimes et qu’il devait se dépêcher d’aller secourir ceux qui pouvaient encore l’être.
Le vieil homme sur le fauteuil commença à pleurer. Je devais le consoler : il n’avait pas le luxe d’avoir perdu la mémoire :
– Vous saignez monsieur, s’il vous plait cela va vous faire du mal !
– Je veux mourir ! Je veux mourir ! Mon fils !
– Donc rassurez-moi, on n’est pas encore mort ? Ce n’est pas l’hôtel de Dieu ?
– Vous, vous gardez votre sens de l’humour en toutes situations !!
– Sincèrement, je ne me rappelle de rien. Je ne suis pas comique. J’ai juste peur.
Non, jeune fille, on est dans un hôpital qui s’appelle Hôtel Dieu de France.
– France ?
France ? Ça, non ! Ne me demandez pas mon nom, mais une chose est sûre, ce n’est ni Chloé ni Bernadette. Je ne suis pas Française. Je suis Libanaise. Ma nationalité, je me la rappelle très bien !