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Anna Rita Kebbe

Les Mules De Mon Mari

Blending Greek mythology and psychological fiction, this story follows a woman who believes God is her husband, walking the fragile line between delusion and faith.

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Il était neuf heures lorsque Melpomène vint me réveiller. Elle s’agitait dans la pièce en dressant le couvert sur la table. Couronnée d’un laurier et ornée d’un voile en satin noir, je ne pus m’empêcher de percevoir son regard soucieux. Sa mine ne me rassurait guère. Je devinais que l’heure était grave.
Melpomène est la Muse de la tragédie. Excitée par la terreur et la pitié, sa seule présence suffisait à nourrir ma crainte. Elle me pressa de me mettre à table pour savourer ce petit festin. Attentive à prévenir mes besoins, elle avait rempli nos verres de jus de grenadine et distribué les fruits et les gâteaux. D’un ton réfléchi, elle me dit :
– Navrée de te réveiller ainsi pour t’annoncer la mauvaise nouvelle, mais tu es d’une importance si vitale pour nous que nous sommes dans l’obligation de te prévenir.
– C’est mon second réveil ce matin. Apollon m’a déjà alarmée il y a quelques heures. Que se passe-t-il au juste ? Votre acharnement m’inquiète !
– Il m’est impossible de t’en dire plus pour le moment. Artémis t’expliquera ce soir.
– Mais tu viens juste de me dire que tu m’annoncerais une nouvelle !
– Je rectifie, j’ai simplement dit qu’elle est mauvaise.
Elle semblait si énervée que je compris qu’elle n’en savait pas plus que moi. Elle qui était attirée par tout événement funeste avait certainement commencé à composer une nouvelle pièce tragique et devait être emballée par l’intrigue du complot. Tout comme Apollon, Melpomène et ses huit sœurs faisaient aussi partie de mon équipe personnelle. Elles étaient connues sous l’appellation des neuf Muses. Jeunes filles gracieuses, parfaitement ravissantes et intelligentes, elles étaient particulièrement prisées des artistes qu’elles inspiraient. Chacune d’entre elles m’avait initiée à la spécialité qu’elle maîtrisait, faisant que je n’en maîtrisais aucune des neuf. Mes talents disparates tuaient l’artiste unique qui sommeillait en moi.

Il était neuf heures lorsque Melpomène vint me réveiller. Elle s’agitait dans la pièce en dressant le couvert sur la table. Couronnée d’un laurier et ornée d’un voile en satin noir, je ne pus m’empêcher de percevoir son regard soucieux. Sa mine ne me rassurait guère. Je devinais que l’heure était grave.
Melpomène est la Muse de la tragédie. Excitée par la terreur et la pitié, sa seule présence suffisait à nourrir ma crainte. Elle me pressa de me mettre à table pour savourer ce petit festin. Attentive à prévenir mes besoins, elle avait rempli nos verres de jus de grenadine et distribué les fruits et les gâteaux. D’un ton réfléchi, elle me dit :
– Navrée de te réveiller ainsi pour t’annoncer la mauvaise nouvelle, mais tu es d’une importance si vitale pour nous que nous sommes dans l’obligation de te prévenir.
– C’est mon second réveil ce matin. Apollon m’a déjà alarmée il y a quelques heures. Que se passe-t-il au juste ? Votre acharnement m’inquiète !
– Il m’est impossible de t’en dire plus pour le moment. Artémis t’expliquera ce soir.
– Mais tu viens juste de me dire que tu m’annoncerais une nouvelle !
– Je rectifie, j’ai simplement dit qu’elle est mauvaise.
Elle semblait si énervée que je compris qu’elle n’en savait pas plus que moi. Elle qui était attirée par tout événement funeste avait certainement commencé à composer une nouvelle pièce tragique et devait être emballée par l’intrigue du complot. Tout comme Apollon, Melpomène et ses huit sœurs faisaient aussi partie de mon équipe personnelle. Elles étaient connues sous l’appellation des neuf Muses. Jeunes filles gracieuses, parfaitement ravissantes et intelligentes, elles étaient particulièrement prisées des artistes qu’elles inspiraient. Chacune d’entre elles m’avait initiée à la spécialité qu’elle maîtrisait, faisant que je n’en maîtrisais aucune des neuf. Mes talents disparates tuaient l’artiste unique qui sommeillait en moi.

Ensemble, nous formions une chorale sous la direction d’Apollon. Souvent quelques Delphes nous rejoignaient sur notre estrade, pour chanter ensemble des mélodies langoureuses et dramatiques. Nous assistions même parfois à des joutes poétiques et littéraires où l’éclat de la rime disputait le drame et la comédie.
Après un long silence, elle relança la discussion, espérant obtenir des informations :
– Que pense ton mari du complot ?
– Il n’a pas voulu me croire.

Ensemble, nous formions une chorale sous la direction d’Apollon. Souvent quelques Delphes nous rejoignaient sur notre estrade, pour chanter ensemble des mélodies langoureuses et dramatiques. Nous assistions même parfois à des joutes poétiques et littéraires où l’éclat de la rime disputait le drame et la comédie.
Après un long silence, elle relança la discussion, espérant obtenir des informations :
– Que pense ton mari du complot ?
– Il n’a pas voulu me croire.

– Depuis qu’elle pense que tout le royaume couche avec son mari, elle n’arrête de me harceler en m’envoyant des espionnes pour me déranger… Elles sont invisibles mais je les sens parfaitement car un vent sauvage parfumé de myrrhe gravite autour d’elles. Elles se déplacent avec une souplesse de félin mais leurs odeurs les trahit et m’envoûte cruellement.
– Mais mon père courtise tout ce qui bouge ! C’est le Dieu excité, si ça avait été vrai elle aurait manigancé un complot contre toutes les femmes du royaume.
– Tu oublies qu’elle a une raison exceptionnelle de me haïr. Apollon, Artémis et vous neuf faites partie de mon équipe. Vous êtes tous le fruit de l’infi délité de Zeus, il se peut qu’elle me persécute pour punir ce choix.
Héra était une déesse qui me faisait peur, elle faisait le diable derrière la porte de mon enfance. Depuis que j’ai vu le jour, ses cris parsemaient mes journées telle une démente possédée par le Mal. Intransigeante sur les infi délités de son mari, elle insistait à propager son mécontentement dans tout le royaume, laissant savoir à toutes les femmes potentielles que sa rage était impardonnable. Elle lançait des mots crus, des grimaces et grognait des crachats, souvent même elle dissertait dans plusieurs langues, pour s’assurer que la totalité du royaume comprenait le jargon de son mécontentement. Sa rancune allait jusqu’à persécuter toute créature désirée par son mari. Des rumeurs circulaient même que Zeus avait dû transformer Callisto, une de ses amantes, en ourse pour la soustraire à sa vengeance.
– Calme-toi ma chère, tu deviens toute rouge, me dit Melpomène. Héra est en paix avec nous. Hier même elle prenait des cours de stretching avec ma soeur Terpsichore.
– Ah bon ! Et depuis quand la Muse de la danse donne des cours de stretching ?
– Depuis que Héra a décidé de mieux enserrer le cou de Zeus.
On s’était mises à rire au point que je me sentais adoucie par cette plaisanterie. Après s’être levée de table Melpomène m’invita à prendre l’air avec elle, mais je pris le parti de rejoindre ma chambre. J’attendrais sagement le soir.

– Depuis qu’elle pense que tout le royaume couche avec son mari, elle n’arrête de me harceler en m’envoyant des espionnes pour me déranger… Elles sont invisibles mais je les sens parfaitement car un vent sauvage parfumé de myrrhe gravite autour d’elles. Elles se déplacent avec une souplesse de félin mais leurs odeurs les trahit et m’envoûte cruellement.
– Mais mon père courtise tout ce qui bouge ! C’est le Dieu excité, si ça avait été vrai elle aurait manigancé un complot contre toutes les femmes du royaume.
– Tu oublies qu’elle a une raison exceptionnelle de me haïr. Apollon, Artémis et vous neuf faites partie de mon équipe. Vous êtes tous le fruit de l’infi délité de Zeus, il se peut qu’elle me persécute pour punir ce choix.
Héra était une déesse qui me faisait peur, elle faisait le diable derrière la porte de mon enfance. Depuis que j’ai vu le jour, ses cris parsemaient mes journées telle une démente possédée par le Mal. Intransigeante sur les infi délités de son mari, elle insistait à propager son mécontentement dans tout le royaume, laissant savoir à toutes les femmes potentielles que sa rage était impardonnable. Elle lançait des mots crus, des grimaces et grognait des crachats, souvent même elle dissertait dans plusieurs langues, pour s’assurer que la totalité du royaume comprenait le jargon de son mécontentement. Sa rancune allait jusqu’à persécuter toute créature désirée par son mari. Des rumeurs circulaient même que Zeus avait dû transformer Callisto, une de ses amantes, en ourse pour la soustraire à sa vengeance.
– Calme-toi ma chère, tu deviens toute rouge, me dit Melpomène. Héra est en paix avec nous. Hier même elle prenait des cours de stretching avec ma soeur Terpsichore.
– Ah bon ! Et depuis quand la Muse de la danse donne des cours de stretching ?
– Depuis que Héra a décidé de mieux enserrer le cou de Zeus.
On s’était mises à rire au point que je me sentais adoucie par cette plaisanterie. Après s’être levée de table Melpomène m’invita à prendre l’air avec elle, mais je pris le parti de rejoindre ma chambre. J’attendrais sagement le soir.